Quel est l’état de santé de l’industrie joaillière italienne ? La réponse est tirée de la neuvième édition de l’enquête conjointe Club degli Orafi Italia-Intesa Sanpaolo, présentée à Vicenzaoro. La réponse est que le secteur ne se porte pas très bien. En fait, il est carrément en pleine effervescence. Après un premier trimestre 2025 en croissance continue (+2,1 %), le chiffre d’affaires du secteur de l’orfèvrerie et de la bijouterie fantaisie en Italie a fortement chuté (-7,2 %). En moyenne, la baisse sur les six premiers mois a été de -2,7 %. Les droits de douane imposés par M. Trump ne sont pas la seule explication. Ce ralentissement est également lié à la baisse des exportations de bijoux en or : 5,2 milliards d’euros, soit une baisse de 16,8 % en valeur et de 19,4 % en quantité.

Ce retournement de situation s’explique par le retour à la normale des flux commerciaux vers la Turquie, qui, ces dernières années, avait importé beaucoup plus de bijoux et de produits semi-finis pour compenser sa politique budgétaire intérieure. Hors cette exportation anormale, hors Turquie, les exportations auraient enregistré une croissance de 2 % en valeur et seraient restées stables en quantité.

Cependant, il faut également tenir compte du ralentissement de la consommation dû à la hausse des prix des matières premières : l’or a progressé d’environ 35 % depuis début 2025 en raison des chocs sur les marchés internationaux provoqués par la Maison-Blanche, ainsi que l’argent de plus de 40 % et le platine de 55 % (en dollars américains ; en euros, les pourcentages sont plus faibles en raison de la dévaluation simultanée de la monnaie américaine).

En conséquence, seul un joaillier sur quatre prévoit une croissance de son chiffre d’affaires en 2025, même si ceux qui indiquent une croissance de leurs investissements sont en hausse : fin 2024, ce pourcentage était de 21 %, contre 30 % lors de la dernière enquête. Cela s’explique par le fait que les investissements peuvent constituer une réponse à l’environnement concurrentiel actuel, qui exige une grande adaptabilité et une refonte stratégique, notamment pour se repositionner sur les marchés internationaux.
L’enquête auprès des opérateurs met également en évidence les défis liés à l’évolution de la demande et au coût des matières premières, cités par plus de la moitié de l’échantillon. La faible présence des consommateurs dépensiers (38 %) et l’introduction de droits de douane, citée par plus d’une entreprise sur cinq, sont également préoccupantes. L’Italie reste toutefois le premier exportateur de bijoux en or en Europe, avec une part de plus de 50 % du total des exportations de l’UE-27. Entre 2019 et 2024, la hausse a été de 19 %, supérieure à celle de ses principaux concurrents tels que la Suisse (3 %), la Turquie (13 %) et la France (1 %). De bons résultats ont été enregistrés sur plusieurs marchés (outre la forte hausse en Turquie), tels que les Émirats arabes unis (8 %), les États-Unis (12 %) et l’Irlande (45 %), malgré une diversification moindre des débouchés.
Le problème, s’il y en a un, concerne les ventes aux États-Unis, qui représentent 13 % des exportations, suivis de l’Inde (24 %) et de la France (16 %). Les droits de douane pourraient désormais avoir un impact négatif sur les exportations.

Quelles stratégies adoptent les fabricants et détaillants de bijoux ? Selon l’enquête menée par le Club degli Orafi Italia et Intesa Sanpaolo, 30 % de l’échantillon a manifesté un fort intérêt pour la création d’entreprises, notamment pour le commerce électronique (44 %) et la participation à des salons professionnels (44 %), particulièrement chez les micro-entreprises, qui ont manifesté leur intérêt dans un cas sur deux. L’attrait des marchés d’Europe occidentale est également croissant : 48 % de l’échantillon indique être le plus intéressé par l’internationalisation, suivis des États-Unis (39 %). De plus, les restrictions douanières incitent les entreprises à rechercher de nouveaux clients sur d’autres marchés (38 %).

